Bien-être poussins - Ethologue

Améliorer le bien-être animal et les performances grâce à l’éthologie

Amandine Cosnard éthologue

Ethologue indépendante, Amandine Cosnard étudie le comportement des espèces animales. Une approche qui, appliquée à l’élevage, est complémentaire aux approches sanitaires et zootechniques pour améliorer la santé, le bien-être et les performances des animaux.

Qu’est-ce que l’éthologie ?

Amandine Cosnard : L’éthologie est la science qui étudie le comportement sous différents angles pour le comprendre dans sa totalité. Il s’agit d’une approche globale et biologique. L’éthologue cherche à comprendre les origines évolutives du comportement afin de déterminer comment la sélection naturelle a permis de conserver celui-ci plutôt qu’un autre. Il se demande également comment le comportement s’est construit chez l’animal, ce qui est de l’ordre de l’acquis ou de l’inné, mais également quels facteurs de l’environnement immédiat peuvent influencer le comportement car l’animal n’est pas un robot. Le scientifique cherche aussi à comprendre la fonction du comportement, c’est-à-dire quels sont les bénéfices apportés à l’animal par ce comportement.

Comment cela se traduit-il chez la poule ?

A.C. : Une poule préfère de manière innée les lieux sombres pour pondre. La sélection naturelle a favorisé ce comportement puisque des œufs mieux cachés ont plus de chance de donner des poussins. Elle n’a pas besoin d’apprendre à préférer les lieux sombres. Toutefois, même un comportement inné ne se déclenche pas systématiquement. La poule peut être influencée par différents facteurs. Une poule très dominée qui se fait souvent embêter par ses congénères peut choisir de pondre dans une litière en pleine lumière, même si elle préfère les nids plutôt sombres. Elle choisit le lieu qui lui assure la meilleure protection possible pour elle et ses petits car la fonction de la recherche d’un lieu pour pondre est bien la sécurité. De même, une poule de rang inférieur ou plus jeune que le reste du lot peut être influencée par le comportement des poules plus expérimentées ou de rang supérieur.

L’animal est donc doté d’un certain nombre de comportements propres à son espèce mais ces comportements sont flexibles, modulables en fonction de la situation et de la perception que l’animal se fait de cette situation. Pourquoi ? Tout simplement parce que le comportement est l’outil permettant à l’animal de s’adapter à court terme.

Quelle est l’utilité de cette science pour les éleveurs de volailles ?

A.C. : Un éleveur veut que son animal vive dans de bonnes conditions, en bonne santé, et produise bien. Or, l’animal passe son temps à adapter son comportement à son environnement. Lorsque l’animal subit une contrainte, il ne reste pas passif. Au contraire, il va chercher à se soustraire à la contrainte. La première chose qui bouge entre la performance, la santé et le comportement, c’est donc le comportement. Les éleveurs les plus animaliers sont ceux qui détectent le plus rapidement les problèmes. Un éleveur qui sait lire le comportement de ses animaux saura détecter rapidement les modifications, comprendre que quelque chose se passe, et il pourra agir.

Quel est le lien entre l’éthologie et le bien-être animal ?

A.C. : Les notions de bien-être animal ont beaucoup évolué ces dernières années. Avant, on répondait aux besoins physiologiques de l’animal comme boire, manger, dormir, le protéger des intempéries, etc. Aujourd’hui, il faut aussi répondre à ses besoins comportementaux, qui diffèrent selon l’espèce. De plus en plus de cahiers des charges demandent des conditions de logement les plus adaptées possibles à l’espèce. C’est une attente sociétale importante. Mais, encore faut-il savoir de quoi l’espèce en question a besoin pour exprimer ses comportements naturels ! Et une fois qu’on a imaginé les meilleures conditions possibles, il faut aussi mesurer si les animaux se sentent bien. Par exemple, je peux mettre un perchoir à disposition de mes poules parce que cela fait partie de leurs besoins comportementaux. En effet, les poules se perchent notamment la nuit pour se protéger des prédateurs. Mais un perchoir mal adapté ne sera pas utilisé.

Enfin, la modification du logement de l’animal peut aussi entrainer d’autres problématiques. Par exemple, une poule en volière a plus de liberté et donc de choix, ce qui peut altérer la performance : œufs sales ou cassés, picage… Le travail de l’éthologue est de comprendre les raisons de ces problèmes et d’y remédier en modifiant le logement ou la conduite d’élevage.

Quels sont les principaux indicateurs de bien-être animal ?

A.C. : Il existe de nombreux indicateurs de bien-être, ou de mal être. Sur le plan du comportement, ce qui doit interroger l’éleveur, c’est la modification du comportement normal en fréquence et intensité ou la modification de la réactivité de l’animal. Par exemple, des animaux qui vocalisent ou se déplacent beaucoup plus que d’habitude peuvent exprimer un problème.

Quels sont les comportements « anormaux » les plus souvent rencontrés en élevage de volaille ?

A.C. : Je n’ai jamais observé de comportements anormaux chez les volailles. Un comportement anormal est un comportement qui ne figure pas dans le répertoire comportemental de l’espèce à l’état naturel.  En volailles, nous avons plutôt des comportements gênants, qui sont normaux mais exprimés sur un support qui n’est pas le bon ou bien des comportements qui détériorent les performances. Par exemple, le picage des plumes ou le cannibalisme. Dans la forme, ce sont des comportements naturels : l’animal picore une ressource alimentaire. En revanche, la ressource qui est picorée, ici le congénère, n’est pas souhaitable. Les comportements gênants les plus souvent abordés dans les filières volailles sont : la ponte hors des nids, le picage des plumes et le cannibalisme, l’agressivité entre congénères ou envers l’homme, les étouffements...

En quoi l’éthologie peut aider à améliorer, in fine, les performances d’élevage ?

A.C. : Nous l’avons évoqué tout à l’heure, quand l’animal subit une contrainte, un stress donc, la première chose qui change est son comportement car il tente de s’adapter. Sur le plan physiologique, des hormones sont délivrées afin de permettre l’action (adrénaline et corticostérone pour les oiseaux). Il n’existe pas de réponse spécifique au type de stress sur le plan hormonal. Les hormones libérées visent toujours à préparer le corps à la fuite ou au combat afin d’assurer la survie à court terme, même si la contrainte subie ne met pas directement la vie de l’animal en danger. Lors de ces phases, l’immunité baisse car elle n’est pas indispensable à la survie à court terme et une partie de l’énergie est mobilisée pour s’adapter au stress et non à produire. Les animaux qui subissent fréquemment des stress peuvent s’adapter, mais cela aura une incidence sur leurs performances et leur santé. Plus un éleveur est capable de détecter précocement les problèmes par une bonne connaissance de ses animaux et par une bonne lecture de leurs comportements, plus il agira vite et plus il minimisera les conséquences néfastes du stress sur la productivité et la santé de ses animaux. En fait, l’éthologie est une approche très complémentaire aux approches zootechniques et sanitaires.


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